Grisha, Tome 2, Le Dragon de glace a fait fondre mon coeur

Publié aux éditions Page Turners – Juin 2018 – 448 pages
Illustrateur : Guillaume Morellec
Traduction : Anath Riveline
Merci aux éditions Page Turners pour cette lecture

Le très attendu tome 2 de Grisha ! Le dragon de glace. Un programme, une épopée, j’avais hâte, tellement. J’ai dévoré ce deuxième opus tout en le savourant. Je crois que je ne suis jamais complètement rassasiée du style de Leigh Bardugo (et, par extension de la traduction, bien entendu). Elle raconte les histoires et j’ai l’impression d’y être ou bien qu’on me murmure cette même histoire à l’oreille. Une grande conteuse à mes yeux. Et puis, Page Turners nous promettait : « Bataille navale, guerre civile, trahisons en tout genre, romance, personnages hauts en couleur, quête de créatures magiques : impossible de reposer ce second tome au rythme effréné. » Promesse tenue.

/! ATTENTION – TOME 2 – /! CONTIENT DES SPOILERS SUR LE PRÉCÉDENT TOME DONT VOUS POUVEZ LIRE LA CHRONIQUE EN CLIQUANT ICI /!

« Le bracelet fait partie de moi, désormais. Comme mes poumons ou mon cœur.
– Ton cœur, répéta-t-il platement.
Je lui pris la main et la pressai contre ma poitrine.
– C’est toujours le même cœur, Mal. Il est toujours à toi. »

Dans le premier tome, Alina et Mal furent mis face à de nombreuses épreuves : ils découvraient la nature Grisha d’Alina et pire son importance capitale aux yeux du Darkling. La jeune femme, amoureuse de Mal depuis toujours, voyait enfin l’amour du jeune soldat en retour. Mais, malheureusement, l’heure n’était pas aux réjouissances et bientôt Alina, Invocatrice de Lumière, portait son premier amplificateur pour répondre aux ordres du Darkling, assoiffé de pouvoir et de ténèbres. En fin de tome, Mal et elle parviennent à s’échapper. Oui, mais pour aller où ? Une chose est certaine, le tome 2 va connaitre son lot de rencontres et de découvertes, de désillusions et de choix cruels mais va aussi permettre à Alina, de se trouver, de plus en plus, même si le chemin sera encore long.

« La faiblesse n’est pas un déguisement. Porte-le lorsque tu veux leur montrer que tu es humaine, mais jamais quand tu as des doutes. »

Ce que j’ai particulièrement aimé dans ce tome 2, c’est que l’autrice ait privilégié la psychologie des personnages. C’est quelque chose qui marche toujours avec moi donc j’étais ravie. Bien entendu, il y aura quand même de l’action, mais aussi beaucoup de réflexion, d’introspection, d’incompréhensions, de doutes et de peurs. Le pouvoir d’Alina fait désormais partie d’un véritable culte et la jeune femme trouve cela quelque peu effrayant. Elle sait que le Darkling ne la lâchera pas, mais elle se retrouve secourue par un bien curieux corsaire, courageux, intelligent et même machiavélique. Pourra-t-elle vraiment lui faire confiance ? A-t-elle d’autres choix ?

Bien entendu, le titre de l’ouvrage n’est pas innocent et c’est sur la piste de ce fameux Dragon de glace que va devoir partir Alina, car cette créature magique peut lui offrir son second amplificateur. Toutefois, aussitôt ce dernier mis en place, Alina ressent qu’il manque le dernier et le roman va alors se consacrer en bonne partie à l’identification et la localisation du miracle attendu. Ce sujet va entrainer beaucoup de tensions en Mal et elle. De plus, leur voyage en mer ne peut s’éterniser et les jeunes amis doivent revenir à Ravka. Mais qui est leur pirate ? Révélation originale et osée, qui va faire accélérer un tas de choses pour Alina, mais va surtout éloigner Mal. Ce qui nous apparait alors évident est la différence de vie désormais établie entre les amis de toujours et bien que l’amour soit plus que présent, les incompréhensions, les craintes, les missions et ambitions créent une tension permanente entre eux.

La galerie de personnages secondaires est remarquable. Difficile dans un contexte de guerre et de puissance convoitée par le plus dangereux du Royaume, de savoir à qui se fier. J’avoue, comme beaucoup je pense, avoir eu un coup de cœur pour l’espiègle Nikolaï qui est très loin d’être bête. La protection rapprochée d’Alina est aussi assurée par des êtres atypiques, mais touchants. L’évolution psychologique de chaque personnage se fait en fonction des conflits, des affrontements et des mouvements estimés de l’ennemi. Depuis qu’Alina connait l’arme impitoyable, capable des pires massacres, du Darkling, elle ne peut plus se reposer sur ses acquis. Elle devient un véritable bourreau de travail, qui le soir venu, s’enfonce dans son lit, complètement terrorisé. Les ténèbres opaques ne semblent jamais loin. Mal, lui, vit plutôt du côté de sa garde, mais sa colère et sa jalousie sont très intenses. Il ressent les choses totalement différemment d’Alina et bien qu’il soit prêt à tout pour assouvir les désirs de sa bien-aimée, les discordes prennent de l’ampleur, à mesure que le danger approche. Dans ce tome, Alina aura des décisions vraiment difficiles à prendre et surtout elle réalise que désormais sa vie appartient au peuple dont elle est l’ultime espoir. Ce qu’elle désire réellement ne compte plus face aux vies qui sont en jeu. D’autant plus que le Darkling connait parfaitement les faiblesses de son jouet de lumière.

« – Fais attention à ce que tu dis, Nikolai, lâcha Mal tout doucement. Les princes saignent exactement comme tout le monde.
Nikolaï retira une poussière invisible de sa manche.
– Oui, mais il tachent de bien plus beaux vêtements. »

Finalement, plutôt que d’action intensive, le tome est composé d’un crescendo de tensions, d’émotions, de prises de décisions, d’affrontements stratégiques et militaires, de discussions cyniques, sarcastiques ou houleuses. Le tout forme comme une immense vague qui vous emporter du début à la fin du roman, et nos nerfs sont mis à rude épreuve. On a envie de scruter chaque personnage, analyser chaque mot. La psychologie est dans les mains de l’autrice, une pâte à modeler à laquelle elle donne un réalisme cruel. Nous voyons les gens se briser, se perdre, éprouver des sentiments si forts qu’ils prennent vie et deviennent authentiques pour nous. Difficile alors de ne pas s’attacher à nos personnages et de ne pas frissonner pour eux. L’univers est sombre et le peu d’espoir se trouve en Alina. Parfois, nous perdons pourtant cet espoir et sombrons dans une sorte de mélancolie ou torpeur et rêvons de voir Mal et Alina, ensemble, heureux. Seulement, Alina a un rôle à jouer, quelle place le traqueur pourra-t-il y tenir réellement ? Et que ressent-elle vraiment avec son pouvoir, pour le Darkling ? En tout cas, lui ne renoncera jamais.

« -Tu viens d’assommer un prince, Alina. Ça fait un acte de trahison supplémentaire à ajouter à notre liste.
Je remuai ma main endolorie. Mes phalanges brûlaient.
-Premièrement, est-ce que tu es vraiment sûr que c’est un prince ? Et deuxièmement, tu es juste jaloux.
-Bien sûr que je suis jaloux. J’aurai voulu le frapper moi-même, mais ce n’est pas le problème… »

Ce deuxième tome fut à la hauteur de mes attentes et à mon sens, aussi bon que le premier. Ici, on rentre plus dans la psychologie et la stratégie, l’autrice menant de front ces thèmes à merveille. De nouveaux personnages, des jeux de confiance, des désillusions, mais toujours la menace palpable des ténèbres incarnées par le charismatique Darkling. Vivement la suite surtout avec la couverture annoncée !

Gros coup de cœur ! Leigh Bardugo est vraiment une autrice que j’aime lire et qui sait rendre humains des personnages aux capacités ou destins extraordinaires. Maintenant : Team Mal, Nikolaï ou Darkling (désolée de vous décevoir, peut-être, mais moi c’est Mal), qui choisissiez-vous ? Un traqueur déserteur, un prince de second choix, un seigneur des ténèbres ?

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