In real life : Déconnexion de Maiwenn Alix, la dystopie qui envoie du rêve !

Attention, coup de coeur ! J’ai adoré ce roman. Si la perfection n’existe pas, son absence n’empêche pas d’aime très fort un livre. Je vais vous expliquer tout cela ci-dessous avec enthousiasme mais honnêteté.

À chaque fois que j’arrive à cet endroit, j’ai peine à croire que toutes ces montagnes recouvertes d’une épaisse végétation aient pu un jour être désertiques. C’était avant les grands bouleversements climatiques, avant les premières migrations, avant la Grande Connexion et l’avènement du Système. Cet endroit, je l’ai vu dans les rêves éveillés historiques. C’était le Grand Nord, des étendues sauvages recouvertes de neige. Maintenant, il n’y fait froid que quatre mois par an et ces latitudes accueillent une grande partie de l’humanité.

Lani est une adolescente vivant dans une « implantation » au service du Système. Le monde tel que nous le connaissons n’existe plus, le climat a changé et les modes de vie également. Aujourd’hui la mission est de restaurer la nature. Chaque nuit, elle vit des Rêves Éveillés, grande particularité de ce Système auquel ils sont tous connectés. Mais à la veille de l’attribution d’un poste définitif, les certitudes de Lani sont violemment fauchées. Elle se retrouve alors dans un tout autre concept de la vie. Affranchie du Système, sans lequel elle ne peut se sentir en sécurité. Lani devra, malgré le fait qu’elle soit déstabilisée, comprendre les enjeux qui l’entourent. Fuir ou ouvrir les yeux ?

« Imaginez ce qu’il serait advenu de cette pauvre planète si tout le monde n’était pas connecté ! Vous avez bien fait quelques rêves historiques, vous avez tous pu voir quelles horreurs la société primitive a été capable de faire ! »

Une chose est certaine, Lani qui avait une vie plutôt tranquille et n’espérait qu’une chose, l’affectation de ses rêves, va voir tout ce qu’elle avait s’évanouir et cela ne se fera pas sans violence morale ou physique. Bien qu’elle ne soit pas la seule personne dans sa situation d’urgence, l’aide ne peut venir que d’elle-même. Son cerveau ne semble plus relié au Système avec lequel elle vivait pourtant depuis plus sa tendre enfance. Qui sont ces gens, que veulent-ils ? Lani va devoir serrer les dents et tenter de calmer son côté un peu rebelle et sûre d’elle. Elle n’a pas les cartes en mains sur ce coup là. Mais pouvez-vous imaginer voir disparaitre toute votre vie ? Tout ce que vous saviez, pensiez et vouliez authentique ? Et si le Système n’était pas ce qu’il prétend être ?

Le concept écologique de base m’a totalement séduite. C’est bien simple, la planète est ravagée, de rares zones sont sauves, la population a considérablement diminuée et chaque être humain est affecté à une implantation agricole pour produire les ressources. Les journées passent et se ressemblent toutes mais Lani n’a jamais connu autre chose. Oh bien entendu, dans les Rêves éveillés, elle a vu l’Histoire d’avant la Grande Connexion. Mais qu’importe puisqu’elle sait que personne ne vit hors connexion et que le réseau veillera toujours sur elle. Cette sécurité assure de la main d’oeuvre rentable et efficace. Conditionnés, ils font leur travail sans sourciller et sans rien désirer. Tout ce qu’ils aiment, ils peuvent le rêver la nuit, alors pourquoi changer ?

C’est donc avec stupeur que Lani va comprendre que son monde idéal ne le serait peut-être pas. Sa rencontre avec des personnages hors systèmes brutaux et vraiment particuliers la perturbe et avec ses acolytes, Tom et Cora, l’espoir de fuir demeure. La bande organisée autour des adolescents est très mystérieuse et ils ne seront pas au bout de leurs surprises. C’est en vivant à 100 à l’heure qu’ils s’éloignent alors de chez eux. Sous la protection d’Alexander, Lani pourrait bien ressentir quelque chose d’inédit. Les émotions s’entrechoquent, la vérité tarde à parvenir pour mieux asseoir le contexte et quand nous en savons plus, disons que… c’est explosif.

Alors oui, encore une dystopie, encore une fille qui pourrait tout changer, encore une romance dans la dystopie, encore des vérités cachées et odieuses, encore la course pour la vie sauve. Rien d’original dans le schéma, je vous l’accorde. D’ailleurs, je me demande si l’on peut lire beaucoup de dystopies changeant de trames (young adult). Ce qui fait que ce schéma est agréable à lire et totalement pertinent, ce sont toutes les originalités que l’autrice a su apporter à son histoire ainsi que la cohérence globale du récit. Je peux aussi vous affirmer que cela se lit vraiment bien, et que l’aventure devient palpitante. L’écologie, le contrôle, j’ai eu une pensée pour le film Oblivion, dans lequel joue Tome Cruise. Ce film m’avait beaucoup marqué et In real life m’y a fait penser, avec son petit truc à lui. De plus, je suis fascinée par la complexité du système que Maiwenn a développé pour son roman ! Cette idée est fabuleusement mise en scène et j’ai hâte, vraiment d’en savoir plus.

Les sentiments, émotions, réactions sont mis en oeuvre d’une manière pertinente puisque l’on doit prendre en compte des années complètes de conditionnement et de fausse sécurité. Être arraché de son monde n’est pas chose aisée et notre héroïne va, pour sa part, se retrouver confrontée à de difficiles épreuves. Tenir le choc dans de telles conditions, ça forge forcément un personnage au caractère marqué. D’ailleurs, chaque personnage est développée d’une façon réaliste. La peur est très présente, la colère et la révolte aussi. Si Lani est notre personnage principal, nous ne pouvons pas manquer Tom, Joe, Socrate et surtout Alexander. Alexander est le protecteur de Lani mais leurs relations seront plutôt complexes. Cependant nous voyons vite la romance se pointer, mais en douceur et sans jamais dominer l’histoire, ouf ! Maintenant, reste à savoir ce que va nous proposer notre jeune autrice pour la suite des réjouissances.

Concernant Lani, notre héroïne, je ne vais pas vous mentir. Ce n’est pas un personnage qu’on aime de suite ni qu’on déteste. En fait, elle est totalement ordinaire, mais très douée dans le domaine de la construction des rêves. Elle est parfaitement résignée, son sort lui convient, elle ne connait pas d’autres options. Forcément, à l’extérieur, sans sa sécurité de robot, elle vacille et peut parfois véritablement nous agacer. Je dirais même que plus d’une fois j’ai eu envie de la secouer. Cela dit, j’ai trouvé que c’était pertinent, l’adaptation en douceur, les preuves par la vision par soi-même, bref, Lani enregistre, analyse, comprend, accepte et agis. Parfois dans le désordre. Nous sentons tout son potentiel et son envie de changer le monde, même si elle y serait bien retournée. Quand on a goûté à la liberté, peut-on vraiment retourner s’enfermer dans une société oppressante et manipulatrice ?

La plume est vraiment entrainante, moderne et dynamique. Elle est adaptée aux évènements qui sont alors parfaitement décrits, pas de doute, on se sent plongés dans l’angoisse, l’horreur ou la colère. Car oui, sachez que des moments durs se présenteront à vous et que rien n’est nuancé pour vous ménager. Après tout, Lani est déconnectée et fait face désormais à la réalité, alors pourquoi pas nous, lecteurs ? Petit bémol toutefois, qui concerne certaines longueurs ou répétitions qui auraient pu être évitées. Mais n’oublions pas que c’est un premier roman et l’autrice s’en sort très bien, en dépit de maladresse typiques du genre. En tout cas, ce style addictif nous prend en traite en nous laissant sur une fin au suspens abominable.

Ce premier tome est addictif et prometteur. L’univers dystopique est parfaitement mis en place puis en branle et l’on se fascine sur les possibilités qu’a notre jeune héroïne dans un monde si différent de ce qu’elle croyait être. Les émotions, les sentiments, les pertes de repères et surtout la déconnexion se mêlent et nous forcent à nous interroger nous aussi sur l’omniprésence de nos propres connexions au web, aux réseaux sociaux. Et si la société prenait le contrôle ? Pourrions-nous faire preuve d’assez d’imagination pour la renverser ?

C’est un coup de coeur même si je n’aurais pas forcément mis 20/20 mais plus un 17 ou 18. Peu importe la note, pourvu qu’on ait l’ivresse livresque, ce qui fut totalement le cas avec ce premier opus. J’ai véritablement hâte de découvrir la suite. À faire lire aux amoureux de dystopies ou aux lecteurs qui ne connaissent pas encore, ce sera la parfaite initiation. N’oubliez pas de vous déconnecter du système avant, et attention, ça peut piquer un peu lors de la procédure…

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