Kerri Maniscalco : la romancière au scalpel

Kerri Maniscalco

Kerri Maniscalco vient de publier le tome 1 d’Autopsie, Whitechapel, ce roman sombre et haletant revient sur les meurtres de Jack l’Éventreur. Rencontre avec une auteure qui n’a pas peur de plonger dans les ténèbres.

Autopsie

Vous avez créé une héroïne curieuse et indépendante, différente des femmes de l’époque. Comment avez-vous eu l’idée de faire un personnage si moderne ?

En faisant mes recherches, j’ai été impressionnée par toutes ces femmes à travers l’Histoire qui se sont montrées en avance sur leur temps. Au début du XIXe siècle, un large groupe de femmes a commencé à se lasser du rôle dans lequel leur genre les enfermait et de leur manque de droits. En 1848, la Convention des droits des femmes a été ratifiée à Seneca Falls, NY.

L’une de mes principales sources d’inspiration a été le pamphlet Défense des droits de la femme de Mary Wollstonecraft (1792). C’est un des premiers essais philosophiques féministes et je pense qu’elle ne devait pas être la seule à avoir ce type de pensées. (Ce livre a été publié 100 ans avant le début de mon intrigue !).

Frankenstein (écrit par Mary Shelley, la fille de Mary Wollstonecraft) me trottait en tête, je me disais que ce serait amusant de le retravailler en donnant un côté plus moderne à mon personnage. Les méthodes scientifiques employées par l’oncle d’Audrey Rose sont en avance sur l’époque et mon personnage principal avait besoin d’amener des idées nouvelles pour apporter sa pièce à l’édifice.

Vos descriptions d’autopsies sont à la fois terrifiantes et fascinantes. Était-ce facile de donner tous ces détails sans avoir fait d’autopsie. À moins que vous en ayez fait ?

Merci ! J’ai toujours été intriguée par la médecine légale et les sciences criminelles. J’ai suivi des cours d’art à l’université mais j’avais songé à changer pour la médecine légale. L’université de Tennessee Knoxville dirige la « ferme des corps », c’est un endroit où l’on étudie la décomposition des corps dans la nature. J’espère pouvoir y aller dans le cadre de mes recherches pour le tome 3.

À un moment, j’ai suivi des cours de criminologie. J’utilise ces connaissances pour écrire mes romans. Je suis aussi fille et petite fille de chiropracteur :  j’ai grandi avec des squelettes, des livres d’anatomie et des revues médicales dans la maison. Le macabre n’est pas si effrayant !

Jack l’éventreur a vraiment existé, ce n’est pas juste un personnage. Des rapports d’autopsies précis existent à propos de ses meurtres. Les avez-vous utilisés ?

Oui ! J’ai lu et étudié tous les rapports d’autopsies de l’époque. J’ai passé beaucoup de temps à chercher des descriptions médicales précises des corps. J’ai également fait de nombreuses recherches sur le déroulé d’une autopsie de nos jours ou l’odeur des corps, pour comprendre en quoi les procédures pouvaient être différentes à l’époque victorienne. Je m’intéresse aussi à l’Histoire depuis toujours, grandir près de New York m’a permis de visiter plein de sites historiques. Les vacances en famille incluaient toujours des visites culturelles notamment à la Vanderbilt Mansion. Quand j’ai fait mes recherches sur la période victorienne, j’avais adoré fouiner dans les détails de cette époque. Un truc amusant : j’ai grandi dans une maison du 18e avec une extension du XIXe siècle.

Vanderbilt Mansion
La Vanderbilt Mansion

Le tome 2 parle de Dracula, le premier évoque Jack l’éventreur et Frankenstein. Pourquoi avoir intégré ces précurseurs de la littérature fantastique à vos livres ? Avez-vous prévu d’ajouter des éléments fantastiques dans votre prochain livre ?

Pendant ma jeunesse, j’étais fascinée par les histoires d’horreur gothiques et les romans policiers : Edgar Allan Poe, Mary Shelley, les séries de Nancy Drew… J’aimais la tension palpable et le fait que l’atmosphère soit presque un personnage. Quand je lis des histoires comme Le cœur révélateur ou La barrique d’Amontillado [NDLR : deux roman d’Edgar Allan Poe], je sens la rumeur de la ville, la noirceur des âmes glisser sur les pages, et je suis soufflée par le caractère des personnages. Poe est très doué pour cacher des allusions à son travail et j’adore ces petites surprises cachées pour le lecteur. Et Frankenstein ? Mon Dieu ! Le personnage de Shelley avec ses réflexions sur lui-même, ses actes noirs et comment il relie tout ça à Satan dans Le paradis perdu [NDLR : dans le roman, Frankenstein lit cet ouvrage de Milton] est un moment de lecture incroyable. Les personnages que je préfère, que ce soit des héros ou des méchants, sont ceux qui sont plus gris que noir ou blanc. Je pense que c’est le point commun entre mes livres préférés et ce qui m’inspire le plus pour écrire.

Le tome 2 a été très amusant à écrire, pas seulement grâce à Dracula et Vlad l’Empaleur mais aussi par mes recherches sur le folklore que j’ai intégré dans mon livre. J’espère que mes lecteurs apprécieront !

Vous pouvez nous en dire plus sur votre travail de documentation ?

Je me suis attachée à chercher tous les détails sur les meurtres de L’Eventreur, à apprendre tout ce que je pouvais sur ses victimes avant leur mort. C’était important pour moi d’en faire un portrait fidèle après qu’elles ont été si méprisées par Jack l’éventreur. Mon idée était de traiter ces meurtres sans les glorifier, de me concentrer sur les efforts désespérés pour résoudre cette affaire et les progrès scientifiques mis en œuvre, parfois, pour la première fois de l’Histoire. J’ai fait des recherches sur des documents post-mortem réels afin de saisir avec précision ce dont un jeune étudiant en médecine légale aurait été témoin.

En 1888, la ville de Londres était aussi différente, certaines rues ne sont plus telles qu’elles étaient au moment des meurtres, j’ai donc dû choisir quels détails historiques conserver et quels autres moderniser.

Mais mes recherches ne se sont pas concentrées uniquement sur l’affaire de L’Eventreur. Comme la médecine légale a beaucoup évolué, j’ai voulu faire très attention à ce que tout ce qui se passe dans le livre ait été possible en 1888 : les boîtes de Petri, les collections d’empreintes digitales, les photographies de scènes de crime, les becs benzène, la stérilisation, les outils médicaux, les procédures post-mortem, l’odeur d’un corps après un trauma, même découvert rapidement…J’ai été surprise de voir que toutes ces connaissances scientifiques et cette technologie existaient déjà à l’époque. Je dois être sur les listes du FBI après avoir fait toutes ces recherches ! Je suis très reconnaissante envers les professionnels qui mettent ces informations sur Internet.

J’ai aussi fait attention à des détails comme si dans les foyers aisés il y avait le téléphone, des lampes au gaz ou des lampes à huile ou l’électricité, si c’était différent à Londres des villes environnantes, ce qui était considéré comme vulgaire ou poli dans la bonne société, les règles de bienséance. Par exemple, parler du pied d’une chaise (NDLR : en anglais l’expression est « chair legs » et fait référence à la jambe) aurait été mal vu à l’époque victorienne à cause de sa référence à une partie du corps. J’ai aussi appris la différence entre le thé de l’après-midi et le thé royal ainsi que la tenue appropriée pour chaque occasion, l’étiquette, le rôle des hommes et des femmes et leurs attentes, les vêtements et sous-vêtements des femmes et les sensations lorsqu’on porte un corset.

Il y a aussi plein de petits détails dans le vocabulaire comme les quilles au lieu du bowling, regarder dans la glace au lieu du miroir, les biscuits au lieu des cookies. Mon but était de rendre mon livre aussi authentique que possible sans noyer le lecteur sous les détails.

Quel est l’endroit où vous préférez écrire ?

J’ai un merveilleux bureau de style industriel fait à partir de bois recyclé et une chaise en tissu d’avoine. C’est confortable et authentique. Pour créer une ambiance chaleureuse, j’ai ajouté une guirlande lumineuse au-dessus de ma bibliothèque. Je me fais une tasse de thé et je me plonge dans l’écriture.

Le personnage de roman que vous aimeriez être :

Hum. Pas facile ! J’adore Thomas Cresswell, mais je me vois bien en Audrey Rose aussi.

Vous ne pourriez pas aller en dédicace sans…

Mon stylo préféré ! Je plaisante… je dirais mon téléphone. J’aime bien prendre des photos avec mes lecteurs. Je suis si reconnaissante et contente, j’aime capturer ces instants pour toujours sur une image.

Votre meilleur souvenir d’auteur :

Mon meilleur souvenir d’auteur…Hum… Encore une question difficile ! Je pense à la fois ou mon amie Stephanie Garber et moi avons été sélectionnées ensemble pour le Buzz Panel de BEA… ce qui était incroyable, j’étais très stressée. Et aussi quand mon agent et mon éditeur m’ont appelée pour me dire que j’étais à la première place des meilleures ventes du New York Times (je n’arrivais pas à y croire !) Mais le meilleur souvenir reste l’appel de mon agent pour me dire qu’il avait une offre pour publier mon livre. Je n’arrivais pas à croire que mon livre allait devenir quelque chose de tangible… Mon rêve devenait réalité.

Le livre que vous ne pourriez pas écrire :

Je ne suis pas sûre, je ne l’ai pas encore écrit 😉 Je suis ravie de ne pas avoir écrit la série Six of Crows. J’adore cette série et je suis tellement contente de l’avoir lu, je fangirl complètement sur cette série. C’est vraiment une de mes séries préférées !

six of crows

Si votre livre avait une bande-son :

Ce serait sombre et atmosphérique. Un lecteur m’a envoyé une playlist et je l’ai trouvé parfaite. J’ai aussi une playlist de chansons que j’écoute en écrivant (en général, j’écoute en boucle la même chanson pour me plonger dans l’état émotionnel que je veux exprimer).

Si vous pouviez choisir un réalisateur pour adapter votre livre…

Ohhhhhh. Bonne question !!! J’en ai deux qui me viennent tout de suite à l’esprit même si leurs styles sont très différents. Le premier, c’est Christopher Nolan. J’aime la façon de raconter des histoires des frères Nolan, ils font un super travail sur l’atmosphère.

Et le deuxième serait Baz Lurhmann, je suis super-fan de son travail. J’adore sa version de Roméo et Juliette et Moulin Rouge est incroyable pour sa mise en scène et ses costumes.

Votre bibliothèque idéale :

Celle de Belle dans la Belle et la Bête ! Je veux une bibliothèque tellement grande que j’ai besoin d’une échelle pour m’y promener.

Vos trois sites web préférés :

  1. Etsy est un de mes sites préférés. J’adore soutenir des petites entreprises et des artistes quand je le peux.

Et je suis toujours à la recherche d’objets créés pour les amoureux de la lecture.

2. Anthropologie est un autre site que j’aime bien et ou je fais des recherches. J’aime l’ambiance des photos et les pièces originales qu’ils vendent m’inspirent.

3. Je traîne beaucoup sur Pinterest. Je suis quelqu’un d’assez visuel et je crée des planches secrètes et j’y épingle les photos qui m’inspirent.

Mon site : kerrimaniscalco.com

Twitter : twitter.com/kerrimaniscalco

Facebook : facebook.com/KerriManiscalcoAuthor

Instagram : Instagram.com/KerriManiscalco

Merci aux blogueuses de Rêveurs et mangeurs de papier et Les petits mots de Saefiel pour leur participation à cette interview !

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